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FFU - Ouessant Radio

FFU ... FFU ... Ici Ouessant Radio !
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La radio à l'île d'Ouessant ...
En France, toutes les inventions concernant la communication à distance ont débuté à Ouessant. C'est normal, il fallait surveiller les Anglais, qui venaient à intervalles réguliers visiter nos côtes.

Il était donc normal que l'épopée de la TSF Française commence aussi à l'île d'Ouessant ...

Si la vie de la station FFU de Ouessant Radio a été assez courte, elle a pris place dans la période la plus passionnante : celle où l'on découvrait tout, où l'on inventait ce qui serait plus tard la radio. Il est interessant de noter aussi qu'elle a pris fin dans une des périodes les plus noires de notre histoire.

Et comme, en découvrant petit à petit cette île et ses habitants, ils me plaisent de plus en plus, il m'est trés agréable de leur offrir cette page qui relate une des parties les plus marquantes de la vie de leur île, même si beaucoup l'ignorent.

Les autres passionnés de radio maritime prendront également, du moins je l'espère, plaisir à parcourir cette page d'histoire et de courage, il en fallait à l'époque pour installer une telle technologie sur une île au climat aussi colérique en hiver ...

Un grand merci à Jean-Pierre Leguen et Michel Balannec, dont la gentillesse ne se dément pas et qui m'ont fait le plaisir de m'ouvrir leur bibliothèque, ainsi qu'à H. Kerisit et A. Salles pour le prêt de leurs fantastiques cartes postales.

Nota : Les paragraphes en [ paragraphes] sont des citations d'un article paru dans la revue "Radio Electricité" de février 1921, et titré : "La télégraphie sans fil à Ouessant".

Nota 2 : Je suis bien evidemment preneur de toute information, témoignage et photo qui pourrait enrichir cette page. La période 1920 - 1940 particulièrement.
Si vous avez quelque chose à me proposer, merci de prendre contact avec moi :
fournier.jeanluc@wanadoo.fr

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La naissance de la radio à Ouessant : l'époque des expérimentations.
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Pour raconter l'histoire de la radio à l'île d'Ouessant, il faut commencer par en sortir, et aller sur la presqu'île de Crozon, plus exactement à l'école navale.
Nous y trouvons un jeune Lieutenant de vaisseau Docteur es sciences et professeur à l'école navale, Camille Tissot, qui s'interesse de trés prés aux communications scientifiques que fait un autre jeune homme nommé Marconi, qui présente aux commissions des resultats probants de communication à distance parle biais des ondes Hertziennes ...

Les deux jeunes scientifiques rivalisent d'ingéniosité, les distances de reception des signaux augmentent de manière trés régulière, et la Marine commence à beaucoup s'interesser aux travaux de Camille Tissot.

En 1898, Tissot met en place des appareils Popov-Ducretet sur le phare de Trezien (c'est à proximité que se trouve le CROSS Corsen, face au Stiif d'Ouessant) et etablit la liaison entre ces deux édifices. Ce dispositif permet entre autres de pallier aux nombreuses ruptures du seul câble téléphonique qui relie l'île au continent.
Puis il établit une liaison entre le phare de l'île vierge (Plouguerneau) et le phare du stiff (Ouessant) grace à des appareils ducretet.



Le phare de Trezien dans les années 20 ...


... et aujourd'hui.
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En 1901, grâce aux travaux de Camille Tissot, la liaison radio est permanente entre le phare du stiff et la prefecture maritime de Brest.

Nous allons maintenant quitter le Lieutenant de vaisseau Tissot en ce qui concerne Ouessant-radio, mais une page complète sera trés bientôt consacrée à cet imminent scientifique, véritable père de la radio maritime Française, hélas trop souvent méconnu.

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Le phare du stiff dans les années 20 ...

... et en 2006.

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Le début des installations radio maritimes sur l'île : la station du stiff.
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En 1904, l'administration des Postes et télégraphes, au vu des prouesses faites par l'équipe de Camille Tissot, décide d'installer sur l'île d'Ouessant une station expérimentale.
Cette station se contente d'assurer l'échange des télégrammes militaires entre lîle et l'état-major Brestois de la marine, et participe parfois aux exercices navals sur demande des autorités.
La station est active nuit et jour, deux agents l'arment par vacations de 12 heures.

 

Devant le succés de ce dispositif et la plus value apportée, la station est officiellement ouverte le 10 octobre 1904.

Elle reçoit l'indicatif FFU.

 

La station originelle de TSF, au stiff, en 1904

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Sur cette carte postale, on peut voir au premier plan l'installation compléte de la marine à ouessant en 1905 :
Au premier plan, le sémaphore du stiff avec son mât type "Dupillon" (3 ailes) et en arrière plan la station de TSF avec son antenne en bois.

 

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L'operateur de FFU au travail en 1904.
Noter que, à cette époque, les travailleurs en costume-cravate ne devaient pas être trés nombreux sur l'île, ce qui laisse imaginer la place que devait occuper celui qui faisait de la radio dans l'esprit de la population ...

 


Le matériel d'émission installé au poste du stiff était de marque C.G.R. (Carpentier, Gaiffe, Rochefort). L'antenne, en parapluie, est soutenue par un maât de 42 mètres et est excitée en direct au moyen d'une bobine d'induction et d'un éclateur à boules.
Cette installation avait de nombreux désagrément et son fonctionnement était trés aléatoire.
En pleine nuit, par temps de brume ou de tempête, il fallait sans cesse sortir duposte pour aller nettoyer au pétrole le carreau d'ébonite de la sortie d'antenne afin d'obtenir une bonne étincelle qui ne tardait pas à redevenir mauvaise ...


Rapidement, les ouragans eurent raison d'une partie du mât, qui fut décapité de 11 mètres et resta ainsi.

A partir de 1906, des contrats sont passés avec des compagnies maritimes étrangères pour relayer leurs communications (les liaisons radio sont à cette époque privées et les réseaux, procédures et télégrammesne sont pas standardisés entre les différents réseaux privés).

En 1906, la conférence radio de Berlin impose, pour organiser les débuts de la sécurité en mer, une fréquence de sécurité commune à tous les réseaux, l'obligation aux stations de veille de donner priorité absolue sur le trafic aux appels sur cette fréquence, et impose le signal S.O.S à la place de l'ancien signal C.Q.D.
Ce sera la fameuse 500 Kilohertz (aussi appelée "600 mètres"), qui sera immédiatement veillée par ouessant.

 

La station radio de Ouessant prend part à de nombreuses opérations de sauvetage, et les instructions aux agents stipulent d'aviser des appels de détresse la préfecture maritime et les compagnies de remorquage privées qui en font la demande.


Les agents des P. et T. qui arment la station du stiff sont logés au bourg de Lampaul.

["Les vétérans du télégraphe sans fil de 1904, revenus pour la plupart sur le continent, ne peuvent pas se rappeler sans émotion la route de Lampaul au stiff, longue de cinq kilomètres, où il fallait lutter contre la tempête pour aller relever les camarades. Lorsqu'on arrivait vers la pointe de l'île, la brume vous écartait souvent de l'étroit sentier menant au poste, et, soudain, le fracas des lames déferlant sur les roches vous prevenait du voisinage des pentes abruptes de la baie du stiff, dont le gouffre hurlait à vos pieds"]

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La station de lampaul.
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vers 1910, une nouvelle station radio est construite prés du bourg de Lampaul. Ce poste est plus confortable que le précédent, et surtout, il a été conçu dans l'esprit de sa destination.
Les agents, entre autres, sont logés sur la station.

Ses deux pylones métalliques, hauts de 75 mètres et espacés de 150 mètres, sont fermement haubannés pour resister aux tempêtes hivernales.

La revue Radio Electricité emploie une image pleine de poésie pour décrire ce qui se passe ... :
["... Dans cette île sauvage, si prés et si loin du continent, si libre de moeurs avec ses "vahinés" aux chevelures épandues, le crépitement sec de l'étincelle jette une note étrangement moderne dans la vieillesse immuable des choses ..."]

NDR : La, je connais quelques "Vahinés Ouessantines" qui vont aimer ! ....



La "nouvelle" station, en 1921


 
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Pour la partie réception, cette station fut d'abord équipée d'une recepteur à detecteur electrolytique. Puis, on lui monta un detecteur à pyrite de fer, plus sensible et plus stable, qui dispensa les télégraphistes des réfections et des remplacements de l'électrode en fil de platine dont la pointe s'abimait frequemment sous l'effet des décharges orageuses ou des émissions rapprochées.
En 1921, [" le précieux cristal, monté sur son porte detecteur à double charriot, voisine encore avec les modernes detecteurs et amplificateurs à vide nés de la guerre".]

Parmi les anecdotes du poste, il en est une savoureuse ...

On sait que la décision de l'administration de substituer l'écoute à la lecture sur bandes fut accueillie avec grand soulagement par les opérateurs, lassés de déchiffrersur papier des signaux confus et aux trois quarts inexploitables.
Mais cette même administration, trés conservatrice suspicieuse n'arriva pas à se priver des précieux rouleaux de papier qui conservaient la trace de tout le trafic échangé.

Ils n'hésitèrent donc pas, un beau jour, à réclamer au poste d'Ouessant, qui s'en divertit beaucoup, les bandes du detecteur électrolytique !

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Vue aérienne des nouvelles installations de Lampaul

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Pour la partie émission, le poste de Lampaul réutilisa en partie, a ses débuts, le matériel du stiff.
On installa ainsi une émission à excitation indirecte avec résonateur Tesla.

L'antenne est en éventail, formée de 12 fils suspendus entre les deux pylones.
Cette antenne permet, en 1921, une portée telle que FFU est entendue aux Açores, en Islande et jusqu'au milieu de l'atlantique.

La source d'énergie est un moteur du type Gnôme monocylindre à pétrole lampant.

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Les deux stations d'Ouessant, l'"ancêtre" et "la nouvelle" furent bizarrement et pendant un temps assez long utilisées ensemble :

["Le nouveau poste était depuis longtemps achevé et en état de fonctionner que l'on continuait encore à utiliser l'ancienne et primitive station du stiff. Ainsi, au bourg de lampaul, c'est à dire à proximité de la plus forte agglomération de l'île, on avait un poste à émission indirecte, de solides et confortables locaux et une magnifique antenne [ ... ].
Et cependant, on s'acheminait toujours par d'étroits sentiers, sous le vent et la pluie, vers le poste du stiff où l'on ne disposait que d'une pauvre antenne attachée à un vieux mât [ ... ].
Qu'attendait on pour mettre en service le poste de Lampaul ? Quelque chose d'assurément trés simple : l'ordre d'ouvrir la nouvelle station ...
Mais les choses les plus simples sont souvent trés compliquées en réalité, puisque cet ordre ne vint jamais.
Les événements se chargèrent de solutionner le problème : Un accident, survenu fort à propos au transformateur Rochefort, mit le poste du stiff hors d'usage et, devant ce cas de force majeure, le service fut transféré au poste de lampaul ..."]

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A partir de 1914, de nouvelles améliorations sont introduites dans l'équipement de la station. La source d'energie originelle est remplacée par un groupe électrogène à essence de 23 chevaux et la batterie d'accumulateurs passe à une capacité de 800 Ampères/Heure.
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Etat des lieux à l'apogée : 1921.
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En 1921, l'installation radio en fonctionnement comporte deux émissions à étincelles musicales : une émission de 3 KW avec alternateur Bethenod (1000 periodes/seconde) à éclateur tournant synchrone, et un poste C.G.R. de 2,5 KW monté sur antenne prismatique oblique de 50 mètres de longueur suspendue au sommet d'un des pylones
Cette dernière installation est surtout utilisée pour transmettre aux navires, sur les ondes de 450 et 800 mètres, les relèvements effectués par la station radiogoniométrique de Pen ar roch (Ouessant), reliée téléphoniquement au poste de lampaul.
En juillet 1920, la station avait une cadence trés importante concernant ces relevés Goniométriques : pas moins de 331 relèvements avaient été transmis ce mois là vers des navires en mer !
Ce qui n'est pas mal du tout, si l'on tient compte que le système de radiogoniométrie n'a été inventé qu'en 1908, que les navires de guerre Français ne sont tous équipés de la radio que depuis 1905, et que les navires civils transportant des passagers n'ont l'obligation de posséder la radio que depuis 1912.
Concernat le système de la radiogoniométrie en France, la marine experimente mollement le dispositif en 1910, et la CRM n'installe les premiers radiogoniomètres qu'en 1924 pour la recherche des navires en detresse.

La station de radiogoniométrie de Penn ar roc'h était donc une station d'essais ... qui donnait tout de même 10 relèvements gonios par jour en 1920 !

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Il est interessant de noter qu'en 1921, déjà, le magazine "Radio electricité" évoque que la station ne correspond déjà plus aux exigence du service et évoque des projets de construction d'une station plus moderne sur le continent. (le futur radio Conquet)
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Il faut dire qu'en 1921, la station FFU traite déjà quelques 200 messages par jour, ce qui est quand même conséquent pour l'époque mais s'explique par la particularité et la dangerosité de la zone maritime qui s'étend au large de l'île.

["Lorsque les pylones d'acier ne profileront plus leurs silhouettes grises sur les nuées changeantes bousculées par les vents du large, l'île retrouvera son aspect millénaire. Et cela marquera la fin d'une époque dans l'histoire de la télégraphie sans fil, l'époque de l'émission directe, du tube à limaille et du detecteur electrolytique. Quelques télégraphistes courageux consentirent alors à s'exiler sur ce rocher perdu pour servir la science nouvelle, sans autre but que celui de travailler à son développement, sans autre espoir que celui de la voir un jour prendre conscience de sa destinée."]

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L'auteur de l'article de "Radio electricité" termine son état de leiux en 1921 par un paragraphe qu'il me paraît interessant de retranscrire en intégralité :

["... En fait, la station d'Ouessant travaille en permanence avec le maximum de rendement, eu égard aux conditions d'exploitation actuelles qui imposent l'emploi des ondes amorties. Le trafic écoulé ne pourrait d'ailleurs être accru qu'au moyen de la constitution d'une station double, dont l'un des éléments serait équipé pour la correspondances en ondes entretenues avec les paquebots rapides du service France Amérique.
Il n'est pas douteux que cette solution s'imposera à l'esprit des organisateurs, lors du transfert prévu de la station d'Ouessant aux environs du futur port transatlantique de Brest.
Si le poste d'Ouessant joue un rôle de première importance dans le réseau de stations radio maritimes Françaises, les efforts de son personnel sont fâcheusement handicapés par l'insuffisances des liaisons télégraphiques existant entre l'île et le continent : des deux câbles qui relieient autrefois la baie du stiff au minou, pres de Brest, un seul subsiste en ce moment et doit suffire à asurer à la fois la correspondance de l'île, celle des sémaphores du stiff et du créac'h, ainsi que celle de la station de Télégraphie Sans Fil.
Une radiocommunication de secours par poste à lampes vient d'être inaugurée entre Lampaul et Brest, mais il est nécessaire de dire qu'elle ne saurait remplacer effectivement le câble à cause des troubles causés par les émissions de la grande station voisine. Il est à souhaiter, pour le bon renom de la radiotélégraphie française, que le câble sous marin avarié soit remplacé soit rétabli sans retard ou que le survivant veuille bien tenir jusqu'au jour où il sera procédé au déplacement du poste. Opération rendue nécessaire par la marche rapide du progrés."]

 

Il est interessant de prendre connaissance de la description qui est faite de l'île, la même année (1921) par le guide touristique "Diamant" :

 
Etat des lieux en 1924
 

Jean Pierre Leguen m'a fait parvenir un trés interessant passage du livre "La télégraphie sans fil en temps de paix et ses applications pendant la guerre" de Julien Verdier (1924)
La description suivante de la station date donc de cette anée là ...

 
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La fin de l'épopée Ouessantine de FFU.
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La station de Ouessant radio - FFU continuera ainsi pendant quelques 20 ans, mais ne résistera en fait pas à la seconde guerre mondiale.
Dés le début de l'occupation, en juillet 1940, débarquant à ouessant les troupes allemande feront taire les voix du large. Entre autres.
Et FFU ne reparlera jamais depuis l'Île d'Ouessant.

Le 2 septembre 1944, les allemands quittent preciptament l'île en prenant des otages.
Ils feront sauter, ce jour là, la station radio de l'île.


En 1945, à la libération, il n'est plus question de remonter la station à sa place originelle. Les problèmes qui étaient soulevés en 1921 ont perduré et ont même été aggravés par les années de guerre.

Comme il est necessaire de remettre en service une station de radio maritime dans ces parages toujours aussi dangereux et de plus en plus fréquentés, une station provisoire est équipée sur la commune de Gouesnou, dans les environs de Brest. Cinq agents et un chef de poste mettent en route FFW qui ne travaille qu'en télégraphie (car trop à l'intérieur des terres pour permettre une solution phonie satisfaisante) sur la fréquence de detresse 500 Kilohertz.

Les services d'état recherchent alors un site favorable à l'installation d'un centre radio moderne associant graphie et phonie.
Ce site est trouvé à 25 Km de Brest, sur la pointe la plus occidentale : la commune du Conquet.
Cette pointe a toujours été utilisée au fil du temps pour les communications avec les navires, que ce soit par pavillons puis par sémaphores.

Aprés plusieurs années d'essais et d'expérimentations, en septembre 1951, la station de "Brest - Le conquet radio FFU" ouvre offficiellement ses antennes qui ne se fermeront que le 28 février 2000. FFU Le conquet sera le dernier centre de radio maritime Français en service entre 1998 (fermeture de Saint Lys) et 2000 (fermeture du Conquet).

Le premier indicatif Français de station radio maritime entendu sur les ondes, FFU, aura aussi été le dernier ...

Sur les traces de FFU - Ouessant en 2006.
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A l'occasion d'un week end de tourisme Ouessantin, je suis allé en visite accompagnée sur le terrain de l'ancienne station de Lampaul.
Bien sur, il ne reste rien des pylones originaux, mais le site, sans doute bien placé, accueille maintenant les pylones de TDF et de la téléphonie GSM.
Ce quartier, habituellement appelé "sans - fil" par les ouessantins, presente encore des maisons qui ont vu arriver sur l'île les pionniers de la radiosur l'île.
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La troupe des visiteurs sur les traces de FFU - 29 octobre 2006

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Les pyramides de béton, ancrages des haubans des pylones, restent trés présents !
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Il y en a un deuxième, dans l'axe, au fond de la photo.
Les huttes attenantes sont des abris à moutons et à biquettes. Non d'époque !
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La "sans-fil" et les nouveaux pylones qui servent les technologies modernes.
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Le bourg de Lampaul et les pylones
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Je suis bien evidemment preneur de toute information, témoignage et photo qui pourrait enrichir cette page. La période 1920 - 1940 particulièrement.
Si vous avez quelque chose à me proposer, merci de prendre contact avec moi :
fournier.jeanluc@wanadoo.fr
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Petit aparté qui n' a rien à voir avec la TSF. Mais c'est interessant et ça se passe en même temps ...

Le phare de la jument, à Ouessant.


En réponse à la circulaire du 24 septembre 1853 qui décidait d'un vaste programme de balisage de jour pour l'ensemble des côtes de France, les ingénieurs des services maritimes furent invités à dresser des inventaires pour définir les lieux les plus exposés de leur arrondissement.
L'île d'Ouessant présentait à cette époque comme seule et unique marque le phare du Stiff et on préconisait aussi de signaler la roche Ar-Gazec, la Jument en breton.
La situation n'évolua guère par la suite car les lieux trop inhospitaliers ne pouvaient porter d'édifice en maçonnerie traditionnelle.
Le rapport de la Marine Nationale, concernant le nombre de naufrages et les pertes en vies humaines éprouvés dans ces parages, aboutissait au chiffre de 31 navires perdus entre 1888 et 1904. Le nombre de navires croisant au large de l'île d'Ouessant était alors estimé à plus de 20 000 par an et pour éviter à l'avenir des sinistres la Commission des Phares élabora un programme complémentaire des abords d'Ouessant qui consistait à établir des ouvrages en béton armé capables de supporter des feux automatiques dans une des mers les plus dangereuses de notre littoral.

La DM du 20 février 1904 approuvait cet ambitieux projet et ordonnait la construction immédiate sur la Jument d'Ouessant d'une tourelle "en béton de ciment, dont le diamètre à la base atteindra 7 mètres au moins " . On projetait alors le début des travaux et l'on s'organisait en conséquence quand un événement inattendu vint bouleverser ce bel ordonnancement.

Un membre de la Société de Géographie de Paris, Eugène Potron, décédait le 27 mars 1904 en léguant par testament une forte somme à l'État selon les termes suivants :
"Je soussigné Charles, Eugène Potron [...], lègue la somme de quatre cent mille francs, 400 000 francs, pour l'érection d'un phare, [...]. Ce phare s'élèvera sur le roc dans un des parages dangereux du littoral de l'Atlantique, comme ceux de l'île d'Ouessant. [...] En cas de non acceptation ou de non exécution dans un délai de six à sept ans depuis la date de mon décès, la totalité de cette somme reviendrait à la Société Centrale de Sauvetage des Naufragés [...]"
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Le ministère des Travaux Publics accepta cette offre généreuse.

Aussitôt le Directeur des Phares et Balises s'adressait à l'ingénieur en chef Willotte pour précipiter les repérages. Après diverses sorties sur le terrain, l'ingénieur en chef Ribière conclut que le meilleur site pour construire cette tour était celui de la Jument.
La première campagne commença dès la fin de l'été 1904 pour préparer les fondations d'une tour de 36 mètres de hauteur.

La première année on ne put accoster que 17 fois, pour 52 heures de travail.
Entre avril et octobre 1905, 59 sorties permirent de travailler 206 heures sur la roche et d'établir environ 100 mètres-cubes de maçonnerie soit à peine 6% du total estimé à 1700 mètres-cubes.
Après 1908 le délai imparti de sept ans se faisait de plus en plus pesant et l'exécuteur testamentaire, maître Meunié, s'inquiétait lui aussi de l'achèvement prochain de la tour.

Pour prouver sa bonne volonté, le Service des Phares invita le notaire en août 1909 pour se rendre compte par lui-même de l'état d'avancement des travaux.
Une organisation rigoureuse, une équipe zélée, un conducteur entreprenant, des moyens nautiques et mécaniques adaptés permirent de tenir ce fameux délai imposé et le feu s'alluma pour la première fois le 15 octobre 1911, mais ce fut au prix de la solidité de l'ouvrage.
Les défauts de raideur apparurent rapidement. La cuve à mercure laissait échapper le dangereux métal, les vitres de la lanterne se fendaient. Ces vibrations anormales provenaient à n'en pas douter de la trop rapide exécution du phare qui avait conduit les ingénieurs à réduire les dimensions du soubassement.


Le phare de la jument en 1912



L'ampleur des travaux de consolidation effectués ne cessa de s'accroître; il se prolongèrent jusqu 'en 1924. Cependant on s'interrogeait toujours sur l'avenir du phare; le fût n'était-il pas en voie de cisaillement ? On profita de la guerre sous-marine à outrance et de l'extinction du feu pour tenter de remédier aux défauts originels en cuirassant les maçonneries fissurées par un revêtement de béton armé; en élargissant le soubassement. Enfin en 1934 on se résolut à fixer le phare par 3 câbles intérieurs scellés dans la roche selon le procédé imaginé par l'ingénieur des Ponts Coyne.

description :
Hauteur focale : 42,65 m.
Tour octogonale avec encorbellement à la partie supérieure en maçonnerie de pierres
apparentes sauf à la partie inférieure où la maçonnerie est lisse sur un soubassement ovoïde en maçonnerie de pierres apparentes.

Description technique :
1ère optique : 15 octobre 1911 : feu 3 éclats rouges toutes les 15 secondes. Optique de 0,70 m. defocale de 6 panneaux au 1/6.
Vapeur pétrole : 1911.
Electrification : 1990.
Automatisation : 1991.
Etat actuel : Lanterne Ø 3,5 m. BBT de 1911. Optique tournante de 6 panneaux au 1/6 de 0,70 m.de focale.
Cuve à mercure.
Lampe Halogène 250w. Feu rouge à 3 éclats groupés 15 secondes. Portée 21 milles.
Aide sonore Vibrateur ELAC-ELAU 2200. : 3 sons toutes les 60 secondes.


Source : "Patrimoine de France" : http://www.patrimoine-de-france.org/

 

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